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Cdt. Le Veneur
Respect diplomatique : 111 ![]() 28/01/1018 ETU 22:37 |
Score : 5
Détails
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Le Veneur contemplait les ruines qui s’étendaient à perte de vue. Une fumée, âcre et épaisse, noyait les contours fantasmagoriques de l’antique cité. Un incendie résiduel, crépitant au contact des émanations radioactives, finissait ce tableau d’apocalypse. Un tableau macabre. Une capitale. Un peuple. Et bientôt l’oubli. Accompagné d’une poignée d’officiers, dont le géonome impérial, Abû Mancîl, le Veneur avait décidé de fouler la poussière de ce monde perdu, traînant sa carcasse, indifférent aux miasmes chimiques ambiants. Pour voir et sentir par lui-même. Quelque chose, en lui, remuait. Sa vieille part d’humanité. Le géonome impérial faisait ses relevés, engoncé dans sa combinaison de protection, escorté d’une nuée de drones et de biodrones, de droïdes et de méca-lab. Les autres officiers observaient la scène, pressentant la crise à venir chez leur maître. Les relevés, traduits en termes usuels au fur et à mesure sur leurs screenlight, confirmaient les impressions visuelles, olfactives, intuitives : rien ne survivrait au carnage chimique. Ce monde était mort. La foi animiste des officiers paeriens hurlait à leurs âmes ce que la technologie confirmait péniblement. Certains se signèrent. Ils venaient d’un monde-jardin, Faransis, le paradis. Leur culture prônait l’adaptation de l’intelligence au monde, l’inverse de la terraformation. Le spectacle était indicible pour eux. Et pour leur maître… ils craignaient sa réaction. Le Mystère entourant son retour de la Grande Chasse était entier et troublait ces hommes pieux. L’émotion qui faisait trembler le corps fuligineux de leur maître menaçait de les balayer si la crise éclatait. Mais cela n’arriva pas. Le conseiller Fikr, un vieil homme proche du Veneur et initié du Mystère, s’approcha du maître. « Il est temps de s’en retourner, maître. Il n’y a rien que nous puissions accomplir ici... » Le Veneur tourna son masque vers le vieil homme. « Combien reste-t-il d’êtres conscients et vivants ? » Le conseiller Fikr consulta son screenlight. « Autour de cinq millions. Les archives planétaires semblent indiquer qu’ils étaient plus de cinquante milliards d’âmes avant la guerre... » La guerre. LA GUERRE. Les humains ne savent pas faire la guerre. Voilà une constante de l’univers. Immuable, incontournable. Une aberration devenue paradigme. Le Veneur ressentait cette réalité, il se rebellait. Mais sa maîtrise était grande maintenant. Restait à gérer sa responsabilité dans ce conflit. Ses récents échanges avec les commandants victorieux de la guerre l’avaient placé devant cette réalité. Il était temps d’agir. « Nous allons pourtant accomplir notre devoir, ici. Les âmes ne seront pas sauvées. Je les sens, elles sont le sang noir de ce monde. L’Anima ne peut sûrement pas être restaurée… mais nous allons essayer. - Mais, maître ? Nous n’avons jamais réussi cette prouesse. Le principe même de notre écologie découle de cet échec : la préservation, à la rigueur, la terraformation. Mais la régénération touche à des principes qui nous échappe ! - Mais que moi, je ressens. Dans ma chair, dans mon âme. Je suis un fragment d’Anima, Fikr. » La révélation était brutale. Même initié, le vieil homme ne pouvait concevoir en des termes aussi crus la réalité de son maître. Il se reprit néanmoins. « Que projetez-vous de faire, maître ? » Le Veneur contempla à nouveau l’horizon dévasté. « Les prendre tous. Les étudier. Parler à Dieu. »
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